La ville d’Antioche (Antakya) se prépare à l’ouverture d’Hatay Expo 21




Cette grande exposition universelle d’horticulture sera l’occasion pour la région d’Antioche, Hatay, de revenir sur la carte des destinations touristiques.


Car en raison de sa proximité avec la Syrie, cette province au sud de la Turquie a été désertée par les touristes étrangers au cours des dix dernières années, notamment classée zone à risque par l’Ambassade de France. Le New York Times ne s’y est pas trompé. Il a cité Antioche dans la liste des 52 lieux à voir dans le monde en 2020.

Troisième ville du monde méditerranéen après Rome et Alexandrie sous l’Empire romain, c’est là que la première assemblée chrétienne commença à se dégager du judaïsme, puis que les premières mosquées furent construites hors d’Arabie. C’est là aussi que la Route de la soie débouchait sur la Méditerranée.

Aujourd’hui encore, on entend les cloches des églises sonner aux côtés des chants du muezzin dans la vieille ville d’Antioche. Son surnom de Barış Şehri (« ville de la paix » en turc) traduit cette mixité culturelle importante.





La collection du musée archéologique d’Hatay témoigne de cette grandeur passée. Certaines pièces, comme le célèbre buste du roi Hittite Suppiluliuna, datent de plus de 3000 ans. Mais ce qui fait la magie de ce lieu, ce sont ses mosaïques. Les archéologues ont trouvé dans la région d’Hatay des pans entiers de mosaïques. Les voir dans leur taille réelle, pouvoir observer chaque scène en détail, c’est plonger dans l’Histoire et se sentir comme invité dans une ancienne villa romaine.


Très récemment encore, en 2009, une mosaïque de 1000 mètres carrés a été découverte sur le chantier d’un hôtel de luxe en plein centre-ville. Datant du IVè siècle ap J-C, elle a bougé avec le temps et les mouvements de la terre, ce qui lui donne aujourd’hui la forme ondulée d’un tapis volant.


Les propriétaires du Museum hôtel ont changé les plans afin que le public puisse voir la mosaïque dans son lieu d’origine, ce qui est très rare.


Les organisateurs dHatay Expo 21 entendent bien poursuivre cette tradition. Une mosaïque de 1600 mètres carrés est en cours de construction sur le site de l’exposition. « Nous avons déposé notre candidature au Guinness book », confie Hakan Arslan, consultant pour l’Expo.


Ce n’est pourtant pas sur son passé qu’Hatay Expo 21 mise pour faire revenir les touristes, mais sur son avenir. Membre du réseau des villes créatives de l’UNESCO depuis 2017, Hatay poursuit la mission du label : « placer la créativité et l’économie créative au cœur de leur plans de développement urbain en faveur de villes sûres, résilientes, ouvertes à tous et durables, en cohérence avec le Programme des Nations Unies de développement durable à l’horizon 2030. » (UNESCO).


Ce qui fait la créativité de cette région aujourd’hui, c’est sa gastronomie, issue d’une agriculture qui mise de plus en plus sur le bio. « Good food for good life » sera l’un des thèmes principaux d’Expo 21. L’occasion de montrer les nombreuses initiatives dans le domaine.

Une maison de la gastronomie, Hatay gastronomy House, a ouvert au cœur de la vieille ville en 2019 pour promouvoir cette activité. Sa jeune et dynamique directrice, Ipek Aslan, explique : « Nous voulons montrer que la cuisine ici ce n’est pas seulement des recettes, mais aussi un héritage culturel ». Outre un restaurant qui ne désemplit pas (les prix sont modiques et les chefs excellents), les salles adjacentes de cet ancien hospice ottoman accueillent divers ateliers dans un décor qui retrace l’histoire des traditions culinaires de la Turquie.


Ainsi, un samedi matin dans la salle Seljuk, quatre femmes suivent un cours de cuisine. « Je suis venue d’Adana », explique l’une d’entre elles, médecin, « car bien que je connaisse ces recettes, il y a toujours à apprendre d’un professionnel! ».


Héritage des influences du Moyen-Orient, de l’Anatolie et de la Méditerranée, la cuisine d’Hatay a aussi la particularité d’utiliser une grande variété d’épices que l’on récolte sur les montagnes qui entourent la vallée. Sur les étals du bazar toujours très animé, on trouve notamment du thym (servi en salade), du laurier, du fenouil géant, des plantes pour le thé, et toutes sortes d’herbes médicinales. La vente d’épices et les herboristes représentent 60% du PIB de la région. Un nouveau musée dédié aux herbes et plantes médicinales sera inauguré à l’occasion de l’exposition universelle.


Hatay Expo 21 ouvrira ses portes le 10 décembre prochain, pour une durée de six mois. Certains espaces, notamment une Académie de la gastronomie, resteront sur place. Vous avez tout le temps de vous préparer à (re)venir dans la région d’Antioche !


Anita Robert

Franco-suisse, basée à Ankara, Anita est heureuse de partager ses découvertes de la Turquie.

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