Un atelier d'écriture à Ankara Accueil. Et s'il était fait pour moi ?

10/01/2020

 

Crédit photo: Axelle BCom

 

 

Depuis deux ans, en petit comité studieux, nous nous réunissons une fois par mois pour produire du texte. Drôle d'idée me direz-vous...

L'atelier a été ouvert l'an dernier, animé par Amandine. Elle est repartie en Belgique, son pays, et il fallait quelqu'un pour reprendre  le flambeau. J'en avais eu une petite pratique dans un cadre professionnel ; après un temps d'hésitation, je me suis jetée à l'eau, faisant confiance au bon climat de collaboration interculturelle qui règne dans toutes les activités de AAF( Ankara Accueil Francophone).

 

Quel est l'intérêt d'écrire « en réunion »  ?

Le groupe, d'abord intimidant,  donne du courage et stimule  : en partageant nos productions, nous nous découvrons mutuellement, et nous nous découvrons nous-mêmes. Petit à petit, nous  prenons confiance en nous et rapidement, écrire donne envie d'écrire.

L'animatrice propose une consigne et délimite une durée pour chaque « exercice ». On ne prépare jamais rien à l'avance ; on écrit sur le vif. Le silence s'établit. Chacun se débat, seul dans sa tête, fouillant dans son imaginaire, cherchant les mots justes pour exprimer un sentiment, une pensée, un tableau, osant des images qui parlent, ou des sonorités et des rythmes qui résonnent à l'intérieur.

Vous l'avez compris : il s'agit d'une écriture toujours créative, parfois ludique, d'autres fois plus personnelle. Le poème, le conte, la lettre, le dialogue théâtral, toutes les formes, qu'elles soient  littéraires ou pas, sont tour à tour proposées.

 

Concrètement, comment se déroule la séance  ?

 

L'atelier dure une heure trente à deux heures et son déroulement obéit à quelques règles :

  • tout le monde écrit, même l'animateur/trice. Pas question de venir en observateur, une première fois pour voir... Chacun «  saute directement dans la piscine ».

  • après le moment d'écriture, vient celui du partage des productions : aie aie aie !

           Rassurez-vous, tout se passe bien: chacun lit son texte, une ou deux fois si nécessaire. Personne ne voit la page écrite  (ce qui règle la question de la calligraphie et de l'orthographe …). Après chaque lecture, nous pouvons exprimer nos impressions. Personne ne juge, personne n'évalue ni ne classe. Les  commentaires ne sont pas des critiques : on ne peut exprimer que des observations ou des remarques bienveillantes : ça m'a ému(e), ça m'a fait penser à ...la consigne a été bien respectée, etc.  En effet, la bienveillance et la confidentialité (au cas où des éléments très personnels s'exprimeraient) sont deux règles absolues s'imposant aux participants.

 

A quel public s'adresse cet atelier ?

 

Peut-être avez-vous une grande pratique de l'écriture et êtes-vous fascinés par ces « success stories » d'écrivains vedettes ayant fait leurs premières armes dans des ateliers d'écriture. Alors, vous seriez déçus en nous rejoignant.

Participer à l'atelier, c'est comme faire  modestement des gammes pour apprendre à jouer d'un instrument. On écrit des variations sur un thème, on s'essaie, on s'amuse, mais à chaque fois on se surprend soi-même ! « Tiens, j'ai été capable d'écrire tout ça en si peu de temps ! ça alors !, je ne pensais pas avoir gardé un souvenir aussi net de ce lieu, ou de cet épisode...je ne me souvenais pas que cette remarque m'avait autant blessé(e) ...

Il faut bien sûr une certaine maîtrise du français.

Des francophones non natifs, désireux de progresser, ont tout à fait leur place dans cet atelier.  En témoigne l'une des trois productions qui vous sont proposées en annexe. Elles correspondent à des degrés d'expertise  divers et chacune recèle des richesses, vous verrez...

Nous avons même compté parmi nous une fillette de 7 ans : elle accompagnait sa maman, et une fois son goûter terminé,  elle a accepté de se mettre à l'écriture. Comme les grands elle a aussi accepté de lire son texte à haute voix Quand nous allions quitter la salle, elle a demandé en rougissant: est-ce que je pourrais revenir la prochaine fois ?

Et c'est là tout le charme de cet atelier : chacun, jeune ou adulte, francophone natif ou pas, peut y trouver sa place, pour peu qu'il ait l'amour des mots et de l'intérêt pour l'écriture!

Marie-Laure

 

 

Production 1 (avril 2019)  Sonnet

 

En Turquie comme ailleurs...

 

En Turquie comme ailleurs, o  toi Nature intègre,

Jamais sur le beau temps avec nous tu ne triches.

Dès le début d'avril reverdissent les friches,

Oubliés nos cafards, de notre âme la pègre !

 

Jamais tu ne trichais. Or, Mars au vent aigre

Ou bien Mai étouffant, ce mois pourtant fétiche,

Semblent bien aujourd'hui, d'un printemps déjà chiche

Rogner encore les jours : sa dépouille est bien maigre  !

 

Hommes, qu'avez-vous fait ? Une horloge céleste,

Par vos soins déréglée, une boussole affolée

N'indiquant plus le Nord : c'est la vie qu'on moleste !

 

Elles seront orphelines, nos futures couvées

La terre, l'air et l'eau, à jamais pollués

Ne pourront leur offrir un nid où se lover.

Marie

 

 

Production 2 : (mai 2019) le conte

 

Le chat et les voleurs

 

Bir varmis, bir yokmus...

 Il était une fois - et il n’était pas -  un gros chat noir qui dormait au soleil sur un rocher, près d’une rivière.

Deux hommes couverts de poussière cheminaient lentement le long du cours d'eau ; leurs habits étaient sales, déchirés, leur turban de travers. Ils portaient de lourds paquets ficelés sur le dos, remplis du produit de leurs rapines. Tout en cheminant ils discutaient pour savoir comment traverser la rivière et rejoindre le village que l’on devinait sur l’autre rive :

-Personne ne nous connait ici, on pourra vendre facilement

Mais pas le moindre pont en vue, pas de gué non plus ; la rivière était large et assez tumultueuse. Le chat les regardait avancer à sa hauteur et leur dit tout à coup : moi je sais !

Les deux voleurs stupéfaits s’arrêtèrent aussitôt pour regarder le chat.

-je rêve ou tu as parlé ? dit le plus petit des deux en s’adressant au chat d’un air méfiant

-je sais comment traverser la rivière, reprit le chat

-dis le nous ! répondirent en cœur les deux hommes.

Pour toute réponse, le chat se mit alors à se lécher consciencieusement les pattes et à s’étirer au soleil sur son rocher. Les voleurs commencèrent à s’énerver : la longue route, cette rivière à traverser et maintenant un chat qui parle, c’en était trop. Ils n’en pouvaient plus. Tout leur corps était douloureux, le soleil cuisant sur leur peau, leurs charges pesaient de plus en plus lourd.

Voyant leur état et craignant pour son sort, le chat leur dit :

-je sais où les villageois cachent la barque qu’ils utilisent pour traverser, si vous m’emmenez avec vous de l’autre côté, je vous montre le chemin.

Après avoir échangé un regard, les deux hommes acceptèrent le marché et suivirent le chat. En effet, bien à l’abri sous des buissons, en bordure d’un petit bois ils trouvèrent une grande et solide barque équipée de deux rames. Malgré leur épuisement ils la soulevèrent et la mirent à l’eau. Ils jetèrent leurs colis à l’intérieur et commencèrent à y grimper. Au moment où le chat sauta dans la barque, le plus petit des deux hommes le poussa et le fit tomber à l’eau. Aussitôt l’autre protesta et lui dit :

-imbécile, on aurait pu le prendre et vendre sa fourrure au marché ; une belle peau comme ça, ça doit valoir cher !

Le chat se débattait dans l’eau et disparaissait dans les remous, mais il parvint tant bien que mal à regagner la rive, hirsute et trempé.

A ce moment-là un grand bruit se fit entendre et la barque se fendit en deux, entrainant les deux voleurs au fond de l’eau avec leur chargement.

Trop occupés à se disputer la peau du chat, ils n’avaient pas vu que les villageois avaient planté une herse au milieu de la rivière pour se protéger des visiteurs mal intentionnés.

Le chat reprit sa place sur son rocher et entreprit de remettre de l’ordre dans sa fourrure en se léchant patiemment.

Les voleurs ont appris mais trop tard que bien mal acquis ne profite jamais et surtout, qu’il ne faut jamais mentir à un chat.

Anne

 

 

Production 3 (novembre 2019)       Acrostiche

 

Née à Karabük, un village près de la mer  Noire

 

Elle fut la deuxième fille  de la famille.

 

Süleyman était le nom choisi ; on attendait un garçon.

 

Rien de tel dans la fratrie, une troisième fille arriva...

 

Ils furent très heureux quand même !

 

N'oubliez pas de regarder les premières lettres de ces vers !

 

Nesrin

 

 

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